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Le singe Mandrill de Benoît Huot
Benoît Huot, Ex-voto, 2019

Né en 1966 à Montbéliard (Doubs)
Diplômé de l'École des Beaux-arts de Besançon en 1989, il vit et travaille à Gray (Franche-Comté)

Commençons par le commencement. Benoît Huot n’est pas un taxidermiste. Il n’est pas non plus à proprement parler, un sculpteur. C’est un peintre qui ne peint plus que de manière ponctuelle. C’est un artiste protéiforme, déroutant, inclassable, c’est un plasticien.
Qu’est-ce qui distingue l’animal de l’homme ? Notre civilisation occidentale a longtemps répondu à cette question, de manière univoque, péremptoire. L’esprit est donc cette improbable ligne de partage entre l’homme et l’animal. L’un en est doté, l’autre pas. Mais voilà, tout n’est pas si simple que l’on voudrait bien le croire, ou nous le faire croire, et surtout pas pour Benoît Huot. Pour lui, la donnée essentielle, c’est la vie. Son mystère absolu dont il trouve l’incarnation parfaite dans la figure de l’animal.

Une ménagerie dès le plus jeune âge

Déjà lorsqu’il était un tout jeune garçon, l’amour de Benoît Huot pour les animaux, prenait une forme envahissante, presque obsessionnelle. Des animaux, il y en avait absolument partout dans la maison campagnarde familiale. Des lapins, des tortues, des lézards, des poissons, des oiseaux, des chiens, des chats, des hérissons, des insectes, des écureuils, des tortues, etc. Chacun de ces animaux, pourvu d’un nom distinct, a accompagné très tôt la vie de Benoît. Une fois morts, celui-ci leur offrait une sépulture individuelle, avec croix et fleurs, comme dans un vrai cimetière humain. Dans ce petit monde vibrant de vies, de courte durée pour la plupart, Benoît Huot s’improvise magicien de la vie qui s’en va. Il est celui qui, au-delà de la mort physique, va retrouver le fil invisible d’existences disparues à travers un rituel exclusivement esthétique.
« Je travaille toujours à l’instinct. Je ne connais absolument rien à la taxidermie». Pourtant, si Benoît Huot aborde bien la figure de l’animal du point de vue artistique, cette approche se double chaque fois, d’une pratique ritualiste évidente.
A cela, s’ajoute un intérêt évident pour la charge émotionnelle contenue dans chaque objet. C’est d’ailleurs pour cette raison que ces étranges sculptures animalières sont toujours recouvertes d’objets, fleurs, fétiches, bijoux ou vêtements ayant déjà servi. L’animal, tout comme le saint, est placé au cœur d’un ensemble de gestes rituels, patiemment mis en place et répétés. Amoncellements, décoration, collages, symboles, tout un ensemble de gestes qui visent à retrouver la puissance magique incarnée par la relique. Et par-delà le pouvoir incantatoire de celle-ci, la vie elle-même.

L’impression est première

Qu’est-ce qui frappe le visiteur qui découvre pour la première fois, les idoles païennes de Benoît Huot ? Les réponses sont multiples : l’étrangeté, la charge symbolique, le mystère, le côté ready-made, art brut, fétichiste, animiste, primitif, kitsch, saint-sulpicien, cinétique, etc. Mais quelle que soit la réponse donnée, il y a un côté immédiat, extrêmement visuel, dans le travail de ce touche-à-tout de génie. Pour un artiste qui a commencé sa carrière comme peintre graveur, puis a découvert par hasard la momification de petits animaux morts, oubliés dans les murs de sa maison franc-comtoise, tout est correspondances, tout fait sens, même si ce sens, perçu par celui qui regarde, n’est pas toujours immédiatement compris. « J’aime bien la notion de subliminal. Tout ce qui est en-deçà du seuil de perception ». Cette intuition face à la puissance du ressenti, son côté à la fois extraordinairement intuitif et visionnaire, donne aux créatures de Benoît Huot un supplément d’âme que l’homme leur a si longtemps refusées.

Le silence des bêtes

Parce que la notion de la mort est complexe d’un point de vue plastique et plus encore d’un point de vue métaphysique, Benoît Huot a pris soin de toujours baser son travail dans ce qu’il connaît le mieux, l’esthétique. Pour lui, tout ce qu’il fait en tant qu’artiste peut se résumer en quelques mots très simples : une tentative toujours recommencée de retrouver l’univers de l’enfance. L’enfance heureuse vécue dans la compagnie des animaux, la complicité naturelle avec leur nature profonde. Est-ce à ce moment-là que Benoît Huot prend conscience d’une communauté de destin entre l’animal et l’homme, d’une communication qui ne devrait rien à l’esprit, mais tout au cœur ? Et si le silence des bêtes était, pour celles-ci, non plus tant leur malédiction, mais le seul chemin possible entre elles et nous ?

Benoît Huot a exposé au Cac du 5 octobre au 23 novembre 2019